L’Actu vue par Remaides : « 1er décembre 2025 : les mots de AIDES pour dénoncer les maux »
- Actualité
- 11.12.2025

Des manifestants-es lors du rassemblement, suivi d'une marche, à Paris, le 1er décembre 2025.
Crédit : Fred Lebreton
Par Jean-François Laforgerie
1er décembre 2025 : les mots de AIDES pour dénoncer les maux
« Vous êtes-vous déjà retrouvés-es dans des situations où vous êtes hébétés-es ? ». La question posée par un militant de AIDES lors de la manifestation du 1er décembre à Paris a tout son sens dans le contexte que nous connaissons aujourd’hui dans la lutte contre le sida dans le monde comme en France. Lors de cette édition 2025, deux militants-es de AIDES, Christophe Flores et Alexia Decouis, ont prononcé des discours forts sur les enjeux actuels, traduisant l’inquiétude et la colère du moment.
« Nous sommes à un moment de bascule historique dans la lutte contre le VIH/sida »
C’est un fort sentiment d’inquiétude et de colère qu’entendait faire passer le message de AIDES, lu par Christophe Flores, militant et élu de AIDES en Île-de-France, à l’occasion de la traditionnelle manifestation du 1er décembre à Paris. Cette manifestation a réuni un peu plus de deux cents personnes sur un parcours, modifié à la demande de la préfecture de police, partant du quartier de l’Opéra.
« Vous êtes-vous déjà retrouvés-es dans des situations où vous êtes hébétés-es ? a interrogé d’entrée Christophe Flores. Hébétés-es, à la suite de l'annonce d'une mauvaise nouvelle. Hébétés-es avec l'impression que le sol se dérobe sous vos pieds ? C'est exactement ce que nous ressentons. Nous sommes à un moment de bascule historique dans la lutte contre le VIH/sida. Jusqu'à récemment, nous évoquions encore avec optimisme et détermination la perspective d’enrayer l'épidémie d’ici 2030. Nous évoquions encore un Paris et une Saint-Denis sans sida. Nous évoquions encore le contrôle de l’épidémie : fort des perspectives de 95 % des personnes vivant avec le VIH dépistées ; de 95 % des personnes vivant avec le VIH dépistées sous traitement ; de 95% des personnes vivant avec le VIH sous traitements ayant une charge virale indétectable.
Peut-être étions-nous naïfs-ves ? Peut-être étions-nous trop certains de notre capacité à changer le monde ? »
« Mais 2025 a tout changé, pointe Christophe Flores. Les faits sont accablants. Avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les États-Unis ont arrêté brutalement les financements du programme présidentiel américain de financement de la lutte contre le VIH/sida dans le monde (Pepfar) :
90 % des prophylaxies pré-exposition (Prep) ne sont plus financées, exposant des millions de personnes à un risque accru d'infection ;
- les cliniques et les centres de soins ferment en cascade, faute de moyens pour acheter des médicaments ou payer le personnel ;
- des patients-es, hier encore pris-es en charge, n’ont plus accès au traitement.
Ce qui va avoir pour conséquence une dégradation de leur état de santé. Ce qui va avoir pour conséquence une hausse de la charge virale communautaire. Ce qui va avoir pour conséquence une augmentation du nombre de contaminations.
Les États-Unis ont repris leur financement en juin, mais avec un budget amputé de 60 %.
Nous avons parlé des États-Unis. Mais que fait la France pour la lutte contre le VIH/sida dans le monde ? La France a décidé de ne pas contribuer à la reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui était organisée en marge du G20 à Johannesburg.
On peut même dire « Macron fait pire que Trump sur les traitements ».. Macron fait pire que Trump : les États-Unis ont répondu à l’appel : ils ont annoncé un maintien de leur contribution au Fonds mondial ; Macron fait pire que Trump puisque la France n’a pas annoncé de contribution au Fonds mondial.
À AIDES, nous avions pourtant appelé la France à augmenter sa contribution à deux milliards contre 1, 6 milliards en 2023, à augmenter sa contribution en cohérence avec sa responsabilité historique, son rang de deuxième donateur mondial au Fonds, à augmenter sa contribution pour arriver au contrôle de l’épidémie.
Macron fait pire que Trump :
- en juin 2024, il enjoint à "préserver le lien entre les taxes solidaires et la solidarité internationale, envers et contre tout". En 2025, les taxes solidaires sur les billets d'avion et sur les transactions financières, fléchées pour assurer nos engagements, ont été intégrées dans le budget général de l'État : un détournement budgétaire pour combler le déficit national !
La France, Macron par cynisme, prennent la décision de conduire à la mort plus de deux millions de personnes. La France prend la décision de priver trois millions de personnes d’accès à un traitement antirétroviral. Ce sont nos communautés qui sont visées ! Ce sont nos communautés qui vont être victimes de ces pertes de financement. Parce que le VIH ne connaît pas de frontières. Parce que le sida ce n’est pas la maladie de l’autre, la maladie des autres, et que nous sommes tous-tes concernés-es ! Parce que, de façon mécanique et inexorable, les conséquences de ces coupes indignes et injustes pour les pays du Sud entraîneront également des conséquences dans les pays du Nord.
Nous refusons ce cynisme. Nous refusons cette injustice. Nous appelons à la mobilisation et à la solidarité. Nous appelons à continuer à changer le monde. »

Une militante de AIDES lors de la manifestation du 1er décembre 2025 à Paris.
Crédit : Fred Lebreton
Un événement mobilisateur à Saint-Denis (Île-de-France)
À Saint-Denis, samedi 29 novembre, un événement était proposé sous la forme d’un village associatif réunissant de nombreux-ses militants-es d’associations, dont celles et ceux de AIDES, L'événement se tenait sur le parvis de la gare RER de Saint-Denis. Le rassemblement avait pour but de réunir différentes associations, structures de la Seine-Saint-Denis, Paris et plus largement d'Île-de-France mobilisées contre le VIH, contre les discriminations et en faveur de la prévention et de la RDR. Il s’agissait notamment de faire connaître les actions et combats des associations auprès du grand public de Saint-Denis, de sensibiliser et d’informer sur le VIH, la prévention et la lutte contre les discriminations, notamment autour du « I=I » (Indétectable = Intransmissible).
À l’occasion de cet événement interassociatif, un second discours a été prononcé au nom de AIDES. C’est Alexia Decouis, administratrice de l’association, qui s’en est chargée. « Aujourd’hui, nous vivons une crise sanitaire et humanitaire historique, a-t-elle d’emblée rappelé. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, créé en 2002, a sauvé 70 millions de vie à travers le monde depuis sa création. Ce fonds qui a réduit de 63 % la mortalité due au VIH, à la tuberculose, au paludisme. Ce fonds qui a permis 62 % de baisse des nouvelles infections. Ce fonds qui a permis à 26 millions de personnes vivant avec le VIH d’avoir un traitement en 2024. Ce fonds dont la France a été un membre fondateur », se trouve aujourd’hui confronté à des difficultés inédites.
Et Alexia Decouis de rappeler : « La reconstitution des ressources de ce fonds est menacée par la France. Il manque au moins quatre milliards de dollars [pour la prochaine période [2026-2028, ndlr]. Certains voient quelques millions d’euros en moins pour le budget de la France. Nous voyons des millions de morts du sida en plus. La France a du sang sur les mains. Emmanuel Macron a le sang de deux millions de personnes sur les mains. »

Des manifestants-es lors du rassemblement, suivi d'une marche, à Paris, le 1er décembre 2025.
Crédit : Fred Lebreton
La violence de la charge ne doit rien au hasard. « La France retarde l’annonce de sa contribution au Fonds à début 2026, souligne Alexia Decouis. La commission européenne retarde sa contribution à 2026. Le Japon retarde sa contribution à 2026. L’Allemagne diminue sa contribution. Le Canada diminue sa contribution. L’Italie diminue sa contribution. « Pourtant, estime la militante : « La santé mondiale n’attend pas. Les organisations communautaires, piliers de la lutte contre le VIH, ferment faute de pouvoir payer leurs équipes. 240 000 mères n’ont plus accès aux traitements qui protègent leurs enfants. Les préservatifs, les tests de dépistage et la Prep ne sont plus financés. [On assiste à la] fermeture et à la réduction massive d’offres de dépistage et de soin. Le gouvernement français est complice de la mort de deux millions de personnes. Le gouvernement français prive trois millions de personnes d’antirétroviraux. Le gouvernement français abandonne la santé mondiale. »
Le choix français heurte d’autant plus que « nous disposons de tous les outils pour mettre fin à l’épidémie de VIH ; que nous disposons de tous les outils pour atteindre la fin des transmissions à l’horizon 2030. » « Cette décision criminelle expose le monde entier à des risques sanitaires majeurs, souligne Alexia Decouis. Elle fragilise les systèmes de santé des pays les plus touchés par l’épidémie. Elle aggrave l’exclusion des services vitaux pour les populations les plus marginalisées. » Et l’administratrice de AIDES de conclure : « Les baisses de financements condamnent des vies. Nous nous restons debout. Les baisses de financement ne nous condamnent ni à l’inaction, ni au silence. Notre colère est intacte. Nous continuerons à porter notre voix, la voix des personnes concernées par le VIH. AIDES demande une contribution de la France à deux milliards d’euros (…) AIDES demande la réaffectation des taxes solidaires au Fonds mondial et à l’aide internationale au développement. »
« Le monde se fascise, l’épidémie s’éternise »
Comme chaque année, la manifestation parisienne du 1er décembre a été lancée à l’appel d’Act Up-Paris. Cette année, l’association avait retenu ce slogan : « Le monde se fascise, l’épidémie s’éternise ». « Nous dénonçons des décisions politiques de réduction et de suppression des financements pour la santé, l’accès aux soins et à la prévention. Nous dénonçons des décisions politiques qui privatisent la santé et la rendent spéculative et opportuniste. Nous dénonçons des décisions politiques qui marginalisent et criminalisent les communautés tout en fragilisant toujours plus les actions des soignant.es communautaires et des associations qui interviennent auprès des publics. Depuis plus de 35 ans nous dénonçons des décisions politiques qui discriminent, stigmatisent et tuent », a rappelé, à cette occasion, l’association.
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