L'Actu vue par Remaides : Prep en France : les initiations ne décollent plus
- Actualité
- 02.12.2025

Crédit image : ANSM
Par Fred Lebreton
Prep en France : les initiations ne décollent plus
Chaque année, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) révèle les chiffres des prescriptions de la Prep en France, à travers son enquête Epi-Phare. Les données actualisées de la Prep en France au 30 juin 2025 mettent en évidence une stabilisation du rythme de diffusion de la Prep, contrastant avec l’accélération continue observée jusqu’en 2023. Autrement dit : les initiations peinent à décoller.
Combien de personnes prennent la Prep en France ?
Un total de 124 181 personnes de 15 ans ou plus ont utilisé la Prep entre sa mise à disposition en France en janvier 2016 et fin juin 2025. Cette donnée ne tient pas compte des personnes qui ont arrêté la Prep entre 2016 et 2025. Pour avoir une photographie plus précise du recours à la Prep en France en 2025, il faut donc se concentrer sur une autre donnée fondée sur les remboursements de Prep au premier semestre 2025 par l’Assurance maladie. Au total, 67 505 personnes ont effectivement eu recours à la Prep au cours du premier semestre 2025. Entre juillet 2024 et juin 2025, la Prep a été initiée chez 20 058 nouveaux-lles usagers-ères. Un nombre très proche de celui des deux années précédentes (19 386 initiations entre juillet 2023 et juin 2024 et 20 066 entre juillet 2022 et juin 2023). Par ailleurs, un tiers des initiations de Prep effectuées en 2024 n’ont été suivies d’aucun renouvellement dans les six mois suivants, une proportion en hausse par rapport aux années précédentes (37 % contre 31 %).
Qui prend la Prep en France ?
Poursuivant des tendances des années précédentes, la part des initiateurs-rices de Prep résidant à Paris a continué à diminuer au cours de la dernière année, au profit d’autres régions métropolitaines (notamment Normandie et Nouvelle-Aquitaine) et de la grande couronne parisienne (Île-de-France). En revanche, la part des initiateurs-rices résidant dans les DROM s’est stabilisée autour de 2 %. Le profil des usagers-ères de Prep a peu évolué depuis 2016. L’écrasante majorité des usagers sont des hommes (94 % contre 6 % de femmes). Plus d’un tiers (35 %) des usagers-ères résidaient en Île-de-France (35%) ou dans une grande métropole (66 %). La proportion de personnes en situation de précarité est toujours faible (11% des usagers-ères étaient affilés-ées à la Complémentaire Santé Solidaire (CSS) et moins de 1 % à l’Aide médicale d’État).
Qui prescrit la Prep en France ?
La prédominance de la prescription de la Prep par des médecins de ville plutôt qu’à l’hôpital ou en Cegidd, observée depuis fin 2023, s’est confirmée au cours de la dernière année, en particulier pour les renouvellements de traitement, dont la part prescrite en ville a légèrement augmenté (53 % entre juillet 2024 et juin 2025 contre 51 % l’année précédente). Les prescripteurs-rices de ville sont restés-es principalement (près de neuf fois sur dix) des médecins généralistes. Au premier semestre 2025, comparé aux initiations à l’hôpital ou en Cegidd les initiations de Prep en ville ont concerné un peu plus souvent des résidents-es de grandes métropoles (68 % contre 63 %), et un peu moins souvent des jeunes de moins de 25 ans (21 % contre 26 %) et des bénéficiaires de la CSS (11 % contre 12 %).
Peu d’évolution en dix ans… Un manque de volonté politique ?
Près de dix ans après le lancement de la Prep en France, un premier constat s’impose : une part non négligeable des personnes qui commencent la Prep ne la continuent pas. L’enquête n’explore pas les raisons de ces arrêts. Il serait pourtant crucial de savoir s’il s’agit d’arrêt volontaires par suite de changements de vie/pratiques ou des personnes « perdues de vue » et éloignées des soins. Autre constat : ces données mettent en évidence une réelle difficulté à rendre accessible (proposer ?) la Prep aux femmes, aux personnes précaires et à celles les plus éloignées des soins et de la prévention.
À ce jour, la promotion de la Prep est portée majoritairement par les associations de lutte contre le VIH, les personnes concernées et les soignants-es engagés-es dans cette lutte. En dix ans, aucune campagne nationale du ministère de la Santé n’a fait la promotion directe de cet outil de prévention. L’arrivée très attendue d’une Prep injectable à longue durée d’action pourrait changer la donne, mais cette arrivée est sans cesse retardée du fait de négociations tarifaires complexes. La Prep en CAB LA (cabotégravir injectable tous les deux mois) a été autorisée en Europe en septembre 2023, mais n’est toujours pas commercialisée en France faute d’accord sur son prix entre l'industriel et le Comité économique des produits de santé (CEPS), un organe interministériel rattaché aux ministères de la Santé et de l’Économie, qui fixe les prix des médicaments remboursés en France. Il faudra donc une véritable volonté politique pour proposer cet outil aux personnes qui en ont le plus besoin.