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    L’Actu vue par Remaides : « SFLS 2025 : à Montpellier, la lutte contre le VIH face à de nouveaux défis (2) »

    • Actualité
    • 08.12.2025

     

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    Die-in des militants-es présents-es au congrès SFLS 2025 à Montpellier le 26 novembre 2025.
    Photo : Anaïs Saint-Gal

     

    Par Solenn Bazin, Thierry Tran, Aymerick Corfmat et Fred Lebreton

    SFLS 2025 : à Montpellier,
    la lutte contre le VIH face
    à de nouveaux défis (2)

    Pour sa 26e édition, le congrès annuel de la Société française de lutte contre le sida (SFLS) a choisi de poser ses valises dans la ville de Montpellier en région Occitanie du 26 au 28 novembre 2025. Le thème (ambitieux) de cette année ? « Du VIH à la santé sexuelle, ensemble, réinventons la lutte ! ». Nos envoyés-es spéciaux-les étaient sur place. Retour sur les moments forts du congrès en trois articles. Deuxième épisode.

     

    Interactions médicamenteuses : un défi croissant face aux nouvelles pratiques de consommation
    Jeudi 27 novembre 2025. Prendre soin de soi, de sa santé et son bien être est une préoccupation croissante dans nos sociétés. Dans un contexte de prise de conscience des enjeux environnementaux en lien notamment avec la pollution (pesticides, polluants éternels, qualité des sols, de l’air et des aliments) des changements s’opèrent dans nos consommations et nos comportements.
    Cette session parallèle « Nouvelles consommations : risques et interactions ? » modérée par Agnès Certain et Nicolas Terrail a ainsi débuté sur un panorama de produits concernés par des évolution dans leur usage. Il peut s’agir de substances visant la performance sportive comme les anabolisants ou bien de la « whey » ou protéines issues du lait sous forme de poudre utilisées pour la musculation dont la consommation excessive présente un risque pour les reins. Il peut s’agir aussi de compléments alimentaires à base de plantes, de tisanes, mais aussi de pilules vendues pour booster l’érection. Les substances impliquées possèdent des propriétés (on parle de substances actives) et dont on attend un effet. Cet effet va dépendre des individus, de la quantité consommée et des autres substances ou molécules en présence.

    En préambule, Hélène Peyrière et Nicolas Terrail (CHU Montpellier) ont défini ce qu’est une interaction médicamenteuse. Pour faire simple, il s’agit d’une modification du comportement de la molécule vis-à-vis de son délai d’élimination par le corps (pharmacocinétique) ou de son action su l’organisme (pharmacodynamie) quand elle est prise en même temps qu’un autre médicament, aliment, substance psychoactive. Cela modifie les effets qui peuvent être diminués (antagonisme) ou augmentés (synergie).

    Cela vaut particulièrement quand on prend un médicament en continu, comme c’est le cas pour les personnes usagères d’antirétroviraux en traitement VIH ou en Prep. Bien que les interactions entre antirétroviraux et substance psychoactives soient activement étudiées (cathinones, methamphétamines, cocaïne, MDMA, GHB, GBL, kétamine, alcool et cannabis), les « NPS » ou nouveaux produits de synthèse rendent la tâche difficile. En effet, de nouvelles substances sont régulièrement disponibles poussant vers une diversification qui prend toujours de l’avance sur le temps nécessaire aux études d’interactions médicamenteuses. Rappelons également que ces produits ne contiennent pas forcément ce à quoi on s’attend, d’où l’importance de les faire tester. Fort heureusement les risques d’interaction sont moindres avec les antirétroviraux actuels, mais la question se pose avec les nouveaux antirétroviraux à longue durée d’action. Des ressources concernant ces interactions sont disponible via ce site suivant.

    Plantes, compléments et antirétroviraux : un cocktail à manier avec précaution
    Concernant la population générale prenant ou non des traitements, il y a un certain nombre de compléments alimentaires « tendances » dont il faut raisonner la consommation en raison de leur toxicité pour le foie. Lucy Meunier (hépatologue au CHU de Montpellier) rappelle que le marché mondial des compléments alimentaire a quasiment été multiplié par 8 entre 1994 et 2014 pour atteindre 36,7 milliards de dollars. Curcuma, artichaut, chardon marie, ginseng, kava kava (utilisé en boisson traditionnelle) sont connus pour provoquer des interactions médicamenteuses. Les phytothérapies sont également concernées comme l’a expliqué Florence Brunel (infectiologue au CHU Lyon). On déconseille aux personnes sous antirétroviraux de consommer du pamplemousse ou la valériane. Dans les faits, les risques sont modérés pour le pamplemousse mais ils restent importants pour la valériane. Le millepertuis est également à haut risque d’interaction aux antirétroviraux tout comme la contraception chimique ! L’intervenante insiste sur la difficulté d’anticiper les interactions médicamenteuses dans le cadre de phytothérapie tant la variabilité saisonnière, l’origine des denrées et les quantités (les compositions ne sont pas toujours fidèlement retranscrites sur les étiquetages) font foisonner la diversité des produits. On retombe sur le même obstacle que pour les NPS avec des difficultés accrues à les faire analyser rapidement et facilement.

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    Claire Combe (Centre hospitalier de Valence) lors du congrès SFLS 2025 à Montpellier,
    le 26 novembre 2025. Photo : Thierry Tran

     

    L’éducation thérapeutique du-de la patient-e (ETP) ciblée sur l’usage de la phytothérapie telle que proposée par Claire Combe (CH Valence) peut permettre d’aborder le sujet avec les personnes sous traitement ARV usagères de phytothérapie. La praticienne hospitalière souligne les effets délétères de la rupture de communication avec les médecins, menant dans certains cas à des arrêts de traitements des patients-es lassés-es par leur traitement. En l’absence de suivi, l’usage de phytothérapie simultanée avec les antirétroviraux ou en substitution présente un risque élevé de rebonds de charge virale.
    Accompagner la montée en compétence des personnes est une réponse basée sur la capacité d’agir et l’autonomie qui prend le contre-pied de l’avis médical imposé basé sur l’interdiction. Cette démarche favorise le pouvoir d’agir les personnes qu’elle soient séropositives ou non, dans une réappropriation éclairée de leurs consommations, quelles qu’elles soient.

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    Une diapositive projetée lors du congrès SFLS 2025 à Montpellier le 26 novembre 2025.
    Photo : Thierry Tran

    Sexualité et consentement : ouvrir la parole en milieu carcéral
    Le docteur Yoann Conan introduit cette session parallèle. Lors de son master en promotion de la santé et prévention, il a mené une étude sur la santé sexuelle, la prévention diversifiée et la réduction des risques en milieu carcéral.  Il rappelle que les prisons sont des lieux de privation des espaces d’intimité ce qui nuit à la sexualité des détenus-es, y compris à l’auto-sexualité. Sandrine Fournier, directrice du Pôle Financements Recherche et Associations de Sidaction, modère la session et lance la première intervention sur ces mots « la sexualité est un droit humain ».

    Mathilde Matzinger-Betrams est infirmière au Cegidd de Lille. Ce jeudi, elle nous parle particulièrement des ateliers sur le consentement et sur la prévention des violences sexuelles qu’elle organise régulièrement auprès des personnes détenues dans sa région, au centre pénitentiaire d’Annoeulin, à la maison d’arrêt de Sequedin et en hôpital psychiatrique. Lors de ces ateliers, il s’agit de sensibiliser les personnes aux principes du consentement, de déconstruire les croyances qui sont permises par la culture du viol et les injonctions sociétales genrées. Ces espaces permettent aussi de susciter des prises de conscience chez les personnes qui ont subi ou ont fait subir des violences sexuelles et ainsi de les orienter vers un accompagnement psychologique voir judiciaire. Chez les femmes détenues, les cas de violences subies sont sur-représentés. En 2024, lors des entretiens menés par le Cegidd, 62 % des femmes ayant accepté de répondre avaient subi des violences physiques et 29 % des violences sexuelles. Mathilde Matzinger-Betrams constate que la plupart des femmes accompagnées minimisent ces violences et, parfois, transfèrent la culpabilité de l’agresseur à elles-mêmes. Pour les hommes détenus, l’infirmière relève que, lors de ces ateliers, c’est souvent la première fois qu’ils peuvent aborder la question des violences sexuelles. Pourtant, sur les 983 hommes qui ont accepté de répondre à son enquête, 22 % avaient subi des violences physiques et 8 % des violences sexuelles. D’où la nécessité de proposer des accompagnements individuels aux personnes qui en ressentent le besoin à l’issu de l’atelier au sein duquel le phénomène de groupe peut être un frein à la libération de la parole.

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    Diapositive de Benjamin Silbermann, Médecin à la maison d’arrêt La Santé, qui présente des données sur le dépistage en prison projetée lors du congrès SFLS 2025 à Montpellier le 26 novembre 2025. Photo : Solenn Bazin
     

    En prison, la réduction des risques n’est pas un choix : c’est un droit
    Fadi Meroueh est médecin et membre de l’unité sanitaire de la maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (CHU Montpellier). Il est particulièrement investi dans la réduction des risques liés à l’usage de drogue (RDRD) en prison. Il introduit sa présentation en rappelant que la réduction des risques est un principe qui est mis en œuvre dans de nombreux domaines, en médecine et au-delà (en urbanisme par exemple !). Pourtant, en addictologie, il est souvent remis en question quand ce n’est empêché, particulièrement lorsqu’il s’agit de traiter des addictions en prison. La faute aux stigmates qui pèsent sur les usagers-ères de drogues et les personnes en détention qui sont à l’intersection de multiples discriminations. 

    Fadi Meroueh, via son unité, met en place des espaces d’information, distribue du matériel (préservatifs, seringues…etc.), propose des dépistages, distribue des traitements. Mais malgré le cadre légal solide qui autorise la RDR en prison sur la base du principe fondamental de l’égal accès aux soins pour tous-tes, l’administration pénitentiaire freine le déploiement des actions de santé et l’absence de dispositifs pérennes se fait cruellement ressentir dans les lieux de privation de liberté. Les responsables politiques se cachent derrière l’absence de décret d’application de la loi de 2016 qui prévoit que la RDRD s’applique aux personnes détenues. Pourtant, selon Fadi, il n’y a pas besoin d’un tel décret pour que la loi s’applique. Le Conseil d’Etat a d’ailleurs entériné cela par une décision du 8 avril 2024, à la suite d’une saisine par les associations. Alors à la question de la salle « Comment fait-on pour entrer avec du matériel de RDR en prison ? », Fadi répond « Pour ma part je ne discute pas avec l’administration pénitentiaire. Je ne demande pas l’autorisation. Et il est plus facile d’intervenir accompagné-e d’une équipe sanitaire. » Il conclut sur ces mots « La RDRD n’est pas un plus, elle sauve des vies et c’est un droit fondamental garanti par la loi ».

    Enfants vivant avec le VIH : dépistage maternel insuffisant et lourdes vulnérabilités à l’adolescence
    Les données présentées par le pédiatre infectiologue Pierre Frange (Hôpitaux Cochin et Necker, Paris) rappellent qu’en France, un trop grand nombre d’enfants vivant avec le VIH naissent encore sans que leur mère ait été correctement dépistée pendant la grossesse. Parmi les enfants suivis-es à Necker entre 2000 et 2012, plus de 13 % avaient une mère jamais testée, près de 10 % l’avaient été trop tardivement, et plus de la moitié avaient bénéficié d’un test en début de grossesse… sans qu’il ne soit répété ensuite. Autant de failles évitables qui soulignent l’importance d’un dépistage systématique, répété et accompagné d’une meilleure information des femmes enceintes ou allaitantes présentant des facteurs de risque, mais aussi de leurs partenaires. Cette stratégie permettrait notamment d’orienter plus tôt vers la Prep les personnes les plus exposées.

    La prise en charge des enfants et adolescents vivant avec le VIH reste également semée d’obstacles. Certains-es sont diagnostiqués-es à l’occasion de la découverte du VIH chez leur mère, signe d’un suivi maternel insuffisant. D’autres peinent, comme dans toute maladie chronique, à accepter durablement un traitement. S’ajoutent des difficultés très concrètes : précarité, isolement, parcours migratoires complexes, ou encore manque d’accompagnement familial. À l’adolescence, l’autostigmatisation, la peur du rejet, la désinformation dans leur entourage et l’invisibilisation médiatique renforcent les vulnérabilités. Ces jeunes présentent plus d’échecs scolaires, davantage d’interruptions de traitement, et un risque accru de transmission lors des premières relations sexuelles. Face à ces constats, Pierre Frange appelle à renforcer les parcours de soins multidisciplinaires, en intégrant pleinement les réalités sociales et migratoires des familles, pour garantir à chaque enfant une prise en charge adaptée, continue et protectrice.
    Les résultats d’un sondage IFOP–Sidaction réalisé en octobre 2023 auprès de 15–24 ans révèlent par ailleurs un niveau de méconnaissance alarmant : 19 % pensent qu’un comprimé de paracétamol protège du VIH, 21 % que l’infection ne concerne que les homosexuels ou les usagers-ères de drogues injectables, 25 % qu’elle peut se transmettre par la transpiration, et 30 %… par un simple baiser.

    Femmes trans et VIH : une invisibilisation qui pèse sur l’accès aux soins
    La session consacrée à l’enquête ANRS-Trans et VIH a mis en lumière une réalité désormais difficile à ignorer : les personnes trans vivant avec le VIH ont longtemps été invisibilisées dans la recherche comme dans les politiques de santé. Margot Annequin, du laboratoire SESSTIM (Aix-Marseille Université, INSERM, IRD), a rappelé que cette population restait largement absente des grandes enquêtes épidémiologiques. Les dossiers médicaux ont souvent été mal classés, ou les femmes trans regroupées avec les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, rendant impossible une compréhension fine de leurs besoins spécifiques. Elle a souligné que cette absence statistique ne relevait pas d’un hasard mais d’un angle mort persistant de la santé publique.
    Les données internationales montrent pourtant un niveau de vulnérabilité alarmant : la prévalence du VIH atteint près de 20 % chez les femmes trans, un taux sans commune mesure avec celui observé dans la population générale. Margot Annequin a rappelé que cette sur-exposition s’expliquait moins par des comportements individuels que par l’enchevêtrement de violences et de discriminations : transphobie, racisme, précarité, sérophobie… autant de facteurs qui se cumulent et réduisent l’accès aux soins, à la prévention ou à un suivi régulier.
    Giovanna Rincon, de l’association ACCEPTESS-T, a insisté sur les conséquences concrètes de cette invisibilisation : difficultés à obtenir un parcours de santé non discriminant, manque de professionnels-les formés-es, absence de données utiles pour orienter les politiques publiques. Elle a rappelé que, sans visibilité statistique et sans compréhension précise des réalités vécues, les réponses sanitaires restent inadaptées. Pour elle, l’enquête Trans et VIH a représenté un premier pas indispensable pour redonner une place aux femmes trans dans la recherche et, surtout, pour améliorer leurs conditions de vie et de santé. La session a finalement acté une évidence : reconnaître les femmes trans comme population clé de l’épidémie n’est pas une revendication identitaire, mais une nécessité scientifique et sanitaire. Une visibilité enfin assumée, posée comme condition préalable à toute réponse efficace.

     

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    Rassemblement de militants-es présents-es au congrès SFLS 2025 à Montpellier,
    le 26 novembre 2025. Photo : Anaïs Saint-Gal

     

    PLFSS 2026 : les acteurs-rices du VIH alertent sur un risque majeur pour l'accès aux soins

    À l’occasion du 26ᵉ congrès de la SFLS à Montpellier, les associations de lutte contre le VIH et les hépatites, des soignants-es et acteurs-rices de santé communautaire et hospitalière tirent la sonnette d’alarme : le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS) 2026 organise, selon eux-elles, une cure d’austérité sans précédent qui met en péril l’accès aux soins, la prévention et tout le tissu associatif de santé. Sous couvert de « maîtrise des dépenses », le gouvernement prévoit 7,1 milliards d’euros d’économies sur la santé, une progression de l’ONDAM limitée à 1,6 % et une réduction du déficit à 17,5 milliards au prix de coupes jugées massives. Derrière ces chiffres, les signataires décrivent une réalité déjà visible : services qui réduisent la voilure ou ferment, délais qui s’allongent, équipes qui quittent l’hôpital épuisées et patients-es confrontés-es à des reports de soins, des ruptures de suivi et une dégradation de la qualité des prises en charge, particulièrement dans les territoires les plus fragiles. Dans ce contexte, les associations dénoncent aussi le doublement annoncé des franchises médicales et des participations forfaitaires, qui frappera d’abord les personnes vivant avec une maladie chronique, les plus modestes et celles qui rencontrent déjà des obstacles géographiques ou sociaux pour se soigner. Loin de « responsabiliser » qui que ce soit, ces restes à charge supplémentaires « éloignent des soins » et conduiront des milliers de personnes à repousser une consultation, interrompre un traitement ou renoncer à un suivi, avec à la clé diagnostics tardifs, complications évitables et inégalités de santé renforcées. Les structures associatives, piliers de la prévention, de la médiation en santé et de l’accompagnement social, sont, elles aussi, en première ligne : près d’un employeur associatif sur deux a déjà vu ses subventions baisser, et pour une association sur cinq, la chute dépasse 20 %, rappellent les signataires. Dans le champ du VIH, de la santé sexuelle, de la santé mentale ou de la grande précarité, ces associations représentent souvent le dernier filet de sécurité avant la rupture ; or les coupes budgétaires se traduisent par des programmes de prévention annulés, des permanences fermées, des licenciements d’équipes et des publics vulnérables laissés seuls face aux risques. « Nous refusons qu’une politique de santé soit dictée par des équations comptables plutôt que par les besoins réels des personnes », affirment les signataires. Le communiqué, rédigé par les membres du comité de pilotage du Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida appelle les pouvoirs publics à réaffirmer sans ambiguïté les piliers de la Sécurité sociale : solidarité, égalité, universalité.