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    L’Actu vue par Remaides : « SFLS 2025 : à Montpellier, la lutte contre le VIH face à de nouveaux défis (3) »

    • Actualité

     

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    Bruno Spire (directeur de recherche à l’Inserm et président d’honneur de AIDES) présente les premiers résultats de VESPA 3 lors de la plénière de clôture du congrès SFLS 2025 à Montpellier le vendredi 28 novembre 2025. Photo : Thierry Tran

    Par Amandine Barray, Solenn Bazin, Thierry Tran et Fred Lebreton
     

    SFLS 2025 : à Montpellier, la lutte contre le sida face à de nouveaux défis (3)

    Pour sa 26e édition, le congrès annuel de la Société française de lutte contre le sida (SFLS) a choisi de poser ses valises dans la ville de Montpellier en région Occitanie du 26 au 28 novembre 2025. Le thème (ambitieux) de cette année ? « Du VIH à la santé sexuelle, ensemble, réinventons la lutte ! ». Nos envoyés-es spéciaux-les étaient sur place. Retour sur les moments forts du congrès en trois articles. Troisième et dernier épisode.

    VESPA 3 : un regard actualisé sur les besoins des personnes vivant avec le VIH

    Vendredi 28 novembre 2025. La plénière de clôture de cette édition 2025 du congrès de la SFLS commence avec une restitution de la journée des personnes vivant avec le VIH organisée à Montpellier le 25 novembre (un article consacré à cette journée et cette restitution sera prochainement publié sur AIDES.ORG). Puis place à la communication des premiers résultats de l’étude VESPA 3 (« VIH : Enquête Sur les Personnes Atteintes ») par Bruno Spire (directeur de recherche à l’Inserm et président d’honneur de AIDES). Cette étude menée par le laboratoire Sesstim de Marseille, s’inscrit dans la continuité de deux précédentes études VESPA (1 et 2) menées respectivement en 2003 et 2011. Elle a pour objectif de mieux comprendre l’évolution de la situation des personnes vivant avec le VIH et de leurs besoins, c’est-à-dire recueillir des informations sur leurs conditions de vie, leur prise en charge, identifier les thématiques émergentes (chemsex, innovations thérapeutiques par exemple) ainsi que les inégalités sociales en santé.

    Cette étude a été menée en 2023 chez des personnes majeures connaissant leur séropositivité VIH depuis plus de six mois et résidant en France depuis plus de six mois. Au total, 3 000 personnes vivant avec le VIH ont rempli le questionnaire de l’étude à l’occasion d’une consultation à l’hôpital et parmi ce grand groupe, 55 personnes ont été choisies pour participer à un entretien pour approfondir leurs réponses. La diffusion de l’étude dans les centres hospitaliers a reçu l’appui du collectif inter-associatif TRT-5 CHV qui est pleinement impliqué dans le pilotage et le volet communication de cette recherche. Dans le cadre de cette présentation, il est précisé que les résultats concernent l’hexagone uniquement et qu’une présentation ultérieure sera dédiée aux départements et régions d’Outre-Mer.

    Bruno Spire a commencé par présenter des résultats concernant le profil des répondants-es. En 2023, les répondants-es se répartissaient en plusieurs groupes comprenant les population clés pour l’épidémie de VIH : 34,7 % de HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec hommes) nés en France, 7,6 % de HSH nés à l’étranger, 24,2 % de personnes nées en Afrique subsaharienne et 5,7 % d’usagers-ères de produits psychoactifs par voie intraveineuse. On note chez ces derniers-ères une diminution de leur proportion sur les trois enquêtes, tandis que les autres groupes bénéficient d’une légère augmentation. L’âge médian est également en augmentation et s’élève à 55 ans en 2023, témoignant du vieillissement des PVVIH permis par l’efficacité des traitements ARV. On dénombre 23 % de répondants-es de nationalité étrangère hors Union européenne, un résultat à mettre en lien avec la bonne représentativité des personnes issues d’Afrique subsaharienne. Pour les autres, il s’agit de Français-es de naissance ou par acquisition en large majorité.

    En continuant sur ce volet administratif, on observe que 21,1% des personnes sont retraitées. Chez les répondants-es de moins de 60 ans, la majorité est en emploi et cette catégorie a fortement augmenté entre 2011 et 2023 (+ 10 % environ pour arriver à 69 % des répondants-es). Les personnes actives sans emploi, en invalidité ou percevant les minima sociaux comptent pour 5,9 % et 14,5 % respectivement, deux catégories en diminution. Ces résultats montrent qu’en plus de vieillir, les personnes séropositives travaillent davantage, ce qui suggère une amélioration de leur santé (bien que le travail ne fasse pas nécessairement du bien à la santé). Il y a des indicateurs encourageant du côté du logement aussi, puisque les parts de locataires (48,6 %) et de personnes en logement instable (9,57 %) ont diminué alors que celle des propriétaires a augmenté (+ 10,2 % entre 2011 et 2023 pour atteindre 41,8 %).

    Dans leur foyer justement, les répondants-es ont indiqué vivre très majoritairement seuls-es (41,5 %) ou en couple avec ou sans enfants (38,9 %). Cette dernière catégorie diminue à chaque nouvelle étude au profit de situations qualifiées comme « autres », ce qui peut suggérer une certaine diversification des schémas de foyers, possiblement en lien avec le vieillissement des personnes. Enfin, la situation financière perçue par les répondants-es montre des résultats mitigés : quand bien même la proportion de situations jugées « difficiles » a fortement diminué, passant de 31,6 % en 2011 à 21 % en 2023, la proportion de situations jugées « bonne » diminue à chaque étude avec une valeur de 34,2 en 2023. En parallèle la catégorie de situations jugées « justes » (au sens de limite) a bondi de 12,9 % depuis 2011 et atteint 44,8 %. On peut percevoir à travers ces chiffres la rencontre des bénéfices apportés par les traitements sur la situation matérielle des personnes avec l’impact négatif du contexte d’augmentation du coût de la vie, auquel les PVVIH semblent particulièrement plus exposées que le reste de la population.
     

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    Brigitte Raout et Arnaud Julien, deux militants-es de AIDES, au stand de l’association lors du
    congrès SFLS 2025 à Montpellier le vendredi 28 novembre 2025. Photo : Thierry Tran

     

    Santé mentale : solitude, refus de soins et sérophobie persistante

    Le cœur des résultats concerne les aspects de santé. On note une augmentation de l’ancienneté du diagnostic VIH, à mettre encore une fois en lien avec le vieillissement des personnes. Les usagers-ères de produits psychoactifs par voie intraveineuse ont la valeur médiane la plus élevée de toutes les population clés (34 ans). Ceci est à relier aux progrès importants réalisés sur la prévention des transmissions par voie intraveineuse sur les vingt dernières années (en 2024 en France, parmi les modes de transmission ; seul, 1 % concernait les usagers-ères de drogue par voie intraveineuse, données Santé publique France).
    Excellente nouvelle, dans cette enquête, la proportion de PVVIH avec un taux de CD4 supérieur à 500 cellules par mm3 s’envolait à 74,7 %. Les CD4 sont les cellules clé de l’immunité également cible principale du VIH dans l’organisme. Ce résultat est un indicateur direct de l’efficacité des traitements sur la multiplication du virus, permettant aux PVVIH de vivre en bonne santé. La prise en charge des 25,3 % autres personnes n’est toutefois pas à négliger et des efforts à maintenir dans le suivi médical. Pendant de cet indicateur, la charge virale était indétectable pour 91,5 % des répondants-es ce qui est également très positif. Pour la grande majorité, le traitement était pris sous forme orale (91,5 %), le reste concerne des formes injectables

    Les résultats concernant la santé mentale viennent compléter le tableau en commençant par le sentiment de solitude qui touche plus de la moitié des répondants-es (allant de « rarement », à « souvent » en passant par « parfois »). Une cause potentielle de dégradation de la santé mentale, est le refus de soin. Il reste fort heureusement très minoritaire, mais reste particulièrement élevé chez les dentistes particulièrement (7,23 % de répondants-es ayant eu cette mauvaise expérience) comparé aux refus de soins hospitaliers ou en médecine de ville (3,4 %). Au-delà de la sphère médicale, la sérophobie marque davantage la vie quotidienne. En effet, 26,1 % des répondants-es déclarent s’être déjà sentis-es rejetés-es en raison de leur séropositivité. Avec 66,6 % de répondants-es déclarant qu’aucun des parents n’a connaissance du statut sérologique des répondants-es, on voit bien que cette sérophobie ambiante impacte la capacité des personnes à parler de leur séropositivité, autrement nommée disance. La sérophobie est en partie fondée sur de mauvaises représentations (parfois datées) du VIH/sida et des personnes séropositives. Informer sur ce qu’est le VIH et les différents moyens de s’en prémunir en 2025, c’est lutter contre la sérophobie. Malheureusement, le message semble avoir du mal à passer même auprès des personnes directement concernées, car si le préservatif comme outil de prévention est connu de la quasi-totalité des répondants-es, ce n’est pas le cas de la Prep ou du traitement post exposition (TPE) (environ la moitié) et encore moins du Tasp (Treatment as Prevention) aussi exprimé sous la forme « Indétectable = Intransmissible » qui concerne pourtant directement les personnes vivant avec le VIH. Il est donc plus qu’urgent que les personnes séropositives ou non ainsi que des professionnels-les de santé qui les suivent, bénéficient de cette information dont fait l’objet la campagne de communication 2025 de AIDES : « Aujourd’hui avec les traitements, une personne séropositive atteint une charge virale indétectable et ne transmet pas le VIH ». Bruno Spire a conclu sa présentation sur les perspectives d’analyses à venir qui concerneront en plus des DROM, le rôle de littératie en santé, la qualité de vie et de vie sexuelle, l’impact des violences vécues (dans le soin notamment), le rapport aux discriminations et au vieillissement.
     

    L’étude ANRS OmaPrEP montre une cascade de rendez-vous manqués

    Le 23 octobre dernier, Santé Publique France a présenté son bulletin annuel de surveillance du VIH et des IST (lire notre article à ce sujet). Les données actualisées permettent de constater qu’entre 2022 et 2024, il n’y a plus de réduction du nombre de découvertes VIH dans les populations exposées. Aussi, pour la première fois, le nombre de transmissions entre personnes hétérosexuelles est supérieur à celui chez les HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes).  Une donnée à mettre en perspective, car en proportion, 42 % de transmissions chez les HSH montre tout de même une surexposition au VIH par rapport à la population générale.
    Les données de surveillance de l’épidémie permettent aux intervenants-es de ce symposium de discuter des besoins non-couverts en termes de prévention diversifiée : qui sont les personnes non-diagnostiquées et les plus éloignées des outils de réduction des risques et pourquoi le sont-elles ?

    Alain Makinson, infectiologue au CHU de Montpellier, présente les résultats de l’étude multicentrique ANRS OmaPrEP menée en 2019 et qui identifiait déjà le taux d’opportunités manquées d’entrée dans un parcours de Prep. Sur 100 personnes infectées récemment par le VIH, 91 étaient éligibles à la Prep, mais seulement 23 avaient reçu des informations sur la Prep. La conclusion d’OmaPrEP est pénible : sur ces 100 personnes, 14 s’étaient vues proposées la Prep et cinq d’entre elles seulement avaient effectivement déjà pris la Prep. Cette cascade met en évidence deux défaillances principales : la non-acceptation de la Prep par des personnes concernées et informées (65 % des répondants-es à l’étude) mais aussi, et surtout, la non-information de l’éligibilité par les soignants-es (seul un quart des participants-es à l’étude éligibles à la Prep ont reçu des informations sur celle-ci).

    Depuis 2016, existe pourtant le dispositif Sexosafe, coordonné par Santé publique France, dont le but est d'informer les HSH sur les outils de réduction des risques. L’enquête ERAS de 2023 a permis d’analyser la notoriété de ce site internet. On constate ainsi qu’en fonction de certains déterminants sociaux en santé, les personnes ont plus ou moins entendu parler de Sexosafe : 10 % des personnes connaissant le site étaient des jeunes entre 18 et 24 ans et 48 % avaient entre 30-44 ans ; 12 % des hommes connaissant le site vivaient dans une ville de moins de 2000 habitants-es et 48% vivaient dans une ville de plus de 100 000 habitants-es ;  6 % des personnes connaissant Sexosafe étaient nées à l’étranger contre 94 % qui étaient nées en France.

    « Un contexte super favorable » : l’espoir d’une Prep à longue durée réellement accessible

    Karine Lacombe est professeure de maladies infectieuses à la Faculté de santé de Sorbonne Université et cheffe de service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Saint-Antoine à Paris (AP-HP). Sa présentation a porté sur les nouvelles données disponibles relatives aux Prep à longue durée d’action, mais elle choisit de s’intéresser aux études qui renseignent sur les préférences des personnes et sur leur persistance dans un parcours Prep (c’est-à-dire leur capacité à continuer à prendre la Prep). On fait l’hypothèse que ces nouvelles Prep permettraient de dépasser l’obstacle qu’est la complexité pour certaines personnes de prendre un traitement tous les jours. Mais si en France aucune étude d’implémentation n’a été menée, cela a été possible dans certains pays après l’obtention de l’autorisation de mise sur le marché du CAB-LA (cabotégravir à longue durée d’action en injections tous les deux mois) et avant sa mise à disposition généralisée. C’est le cas au Brésil où ImPrEP CAB a été menée entre 2023 et 2024. L’étude incluait des personnes naïves (qui n’ont jamais pris de Prep), entre 18 et 30 ans, HSH, non-binaires ou trans. Aux États-Unis, l’étude PILLAR est également un essai de phase IV (donc d’implémentation), incluant des HSH dont 26 % noirs et 38 % hispaniques et visant à renseigner la persistance dans un parcours de Prep CAB-LA. Les résultats montrent une persistance nettement supérieure dans le parcours Prep pour le CAB-LA en comparaison à la Prep orale (en comprimés tous les jours).

    Karine Lacombe a conclu sur ces mots : « On est dans un contexte super favorable pour l’implémentation [des Prep à longue durée d’action, ndlr] dans n’importe quelle population ». Mais encore faut-il que la commercialisation et le déploiement de ces nouvelles Prep permettent leur accessibilité à tous les publics éloignés de la Prep orale, dont les femmes. En effet, en se basant sur l’enquête EPI-PHARE (lire notre article à ce sujet) Alain Makinson souligne qu’entre 2016 et 2022, les personnes ayant interrompu la Prep étaient plus jeunes et plus susceptibles d’être des femmes.
     

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    Victoria Manda (infectiologue à l’hôpital Saint Louis) présente le projet EllesPrEP lors du congrès SFLS 2025 à Montpellier le vendredi 28 novembre 2025. Photo : Solenn Bazin

     

    Sur ce dernier point, l’intervention de Victoria Manda, infectiologue à l’hôpital Saint Louis (AP-HP) est éclairante. La médecin et chercheuse est à l’origine du projet EllesPrEP qui vise à étudier l’implémentation de la Prep orale chez les femmes. EllesPrEP est menée dans les grands centres de santé sexuelle de Paris et de la Seine-Saint-Denis et repose sur le développement d’outils d’éducation des femmes sur les enjeux de la Prep et de formation des professionnels-les de santé. Elle a été préparée à partir d’une enquête de terrain, « Préparez-Vous », conduite auprès de femmes originaires d’Afrique subsaharienne et de professionnels-les de santé. Cela a permis d’identifier les freins et les leviers à l’usage de la Prep, pour élaborer une stratégie ancrée dans la réalité du terrain et qui répond aux besoins réels des femmes.  En capitalisant sur la méthodologie de son étude et alors que les représentants-es de Gilead (le laboratoire qui commercialise la Prep en version lénacapavir) sont dans l’amphithéâtre, Victoria Manda prévient : « Il faut déployer le lénacapavir dans les bonnes structures, là où les personnes qui en ont le plus besoin consultent ». À bon entendeur.

    Des infirmiers-ères plus autonomes pour prendre en charge la santé sexuelle

    La session consacrée à l’évolution des pratiques en santé sexuelle a mis en avant un changement de modèle porté par les coopérations professionnelles. Au Cegidd de Nîmes, l’instauration en octobre 2023 d’un protocole de coopération a permis aux infirmiers-ères d’assurer près d’un tiers des consultations. Une montée en compétence qui a transformé le fonctionnement du service : l’activité a bondi de 38 %, les délais de dépistage sont passés de plusieurs semaines à 24–48 heures, et l’accès à la Prep s’est nettement fluidifié. Cette nouvelle organisation renforce également l’autonomie des équipes, qui peuvent réaliser les vaccinations courantes et bénéficient d’un cadre juridique plus clair, grâce à des temps de coordination réguliers avec les médecins.
    Mais l’expérience nîmoise révèle aussi les angles morts du dispositif. Les infirmiers-ères restent dans l’impossibilité de prescrire la Prep en ville, faute de reconnaissance administrative adaptée, la pression sur les stocks de vaccins complique certaines prises en charge, et la surcharge des secrétariats limite l’efficacité globale. À cela s’ajoutent des exclusions encore lourdes de conséquences (mineurs-es, situations complexes) ainsi que quelques erreurs d’orientation liées à l’afflux de nouveaux publics. Pour les intervenants-es, l’enjeu dépasse désormais le seul cadre local : il s’agit d’adapter et de sécuriser le protocole à l’échelle nationale, afin d’harmoniser les pratiques et de pérenniser cette approche intégrative de la santé sexuelle.

    Agir des deux côtés des violences : protéger les victimes, prévenir les passages à l’acte

    La Maison des femmes de Montpellier, présentée par Marion Garbay, met en place un accompagnement complet pour les femmes victimes de violences sexuelles ou conjugales. Le principe est simple et essentiel : accueillir sans condition et sans délai. Dès l’arrivée, un premier entretien mené en binôme par une sage-femme et une assistante sociale permet d’évaluer la situation, d’identifier les urgences et d’orienter vers les bonnes personnes. Sur place, les professionnelles travaillent en réseau serré : juristes, psychologues, addictologues, pédiatres ou encore dermatologues. L’objectif est d’éviter aux femmes un parcours fragmenté et de proposer un suivi cohérent. L’accompagnement inclut aussi des ateliers collectifs pour retisser du lien social, retrouver confiance et engager un processus de reconstruction. Après une première année avec 400 personnes accompagnées, la structure accueille désormais entre 50 et 60 nouvelles femmes chaque mois, soutenues par une équipe pluridisciplinaire d’une trentaine de professionnels-les et des bénévoles.
    En miroir, la question de la prise en charge des auteurs potentiels ou avérés de violences sexuelles a été abordée par le psychiatre Cyril Imbert. Il rappelle l’ampleur des violences vécues durant l’enfance et la nécessité d’agir sur tous les plans : individuel, familial, communautaire et sociétal. La prévention, dit-il, commence par le développement des compétences psychosociales dès le plus jeune âge, pour apprendre à gérer ses émotions, respecter autrui et construire des relations saines. Les CRIAVS (Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles) déploient une palette d’actions : formation des professionnels-les, recherche, outils pédagogiques et dispositifs innovants. Parmi eux, la ligne STOP destinée aux adultes attirés par les mineurs-es mais n’étant pas passés à l’acte, ou encore une « boîte à outils » de sensibilisation pour les établissements scolaires. L’ambition : réduire les facteurs de risque, renforcer les protections et changer les représentations pour prévenir les violences avant qu’elles ne surviennent.

    Des recommandations qui changent la donne pour la santé des personnes trans

    Présentées par Louve Zimmerman (coordinatrice du pôle santé et prévention d’Acceptess-T), les nouvelles recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) marquent une évolution profonde dans l’accompagnement des personnes trans. La logique historique, fondée sur un diagnostic psychiatrique préalable, laisse place à une approche centrée sur les besoins et l’autodétermination. Concrètement, l’accès aux traitements hormonaux ne nécessite plus de validation psychiatrique : les médecins généralistes et les centres de santé sexuelle sont désormais pleinement reconnus comme légitimes pour initier et suivre ces traitements, à condition d’une formation adaptée. Ce changement vise à corriger des inégalités de santé bien documentées. Les personnes trans restent aujourd’hui davantage exposées au VIH, aux retards de diagnostic et aux ruptures de suivi, en grande partie à cause d’un système de soins longtemps inadapté. En intégrant les parcours de transition dans la prévention combinée, les nouvelles lignes directrices renforcent l’accès au dépistage, à la Prep et au Tasp, clés de voûte de la lutte contre le VIH. Les structures de santé sexuelle peuvent désormais accueillir plus largement les demandes, accompagner les démarches administratives, assurer le suivi et proposer un cadre sécurisé, proche et accessible.
    Les prochaines étapes annoncées concernent la prise en charge des mineurs-es trans, l’harmonisation nationale des pratiques et l’évaluation régulière des dispositifs. Une feuille de route ambitieuse, qui pourrait enfin rapprocher le système de santé des besoins réels des personnes trans et réduire durablement les risques liés au VIH et aux ruptures de soins.

     

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    Présentation du poster Intoxications aux X-MMC/GHB à l’AP-HP : Usage de la Prep par Nathan Chanteclair, lors de la session des présentations orales le vendredi 28 novembre 2025. Crédit photo Thierry Tran

    Chemsex : des intoxications en forte hausse et une couverture Prep jugée insuffisante

    Nathan Chanteclair, docteur en biologie au laboratoire de pharmacologie et de toxicologie de la Timone (Marseille, AP-HM), a présenté les résultats d’une étude dont l’objectif est de faire le bilan des intoxications aux X-MMC et/ou GHB entre janvier 2023 et juillet 2025 en identifiant la prise d’un traitement ARV ou de Prep parmi les personnes concernées par une telle intoxication.  Les X-MMC sont des drogues de la famille des cathinones de synthèse. Ces nouvelles substances psychoactives ont émergé dans les années 2010 et sont consommées dans le cadre du chemsex, parfois en association avec le GHB, dans le but d’augmenter la perception du plaisir et les performances sexuelles.
    Entre 2018 et 2023 une étude nationale a été menée par la Société française de toxicologie analytique (SFTA). Elle recensait 232 cas de chemsex parmi les intoxications dont 90 ayant conduit à une intoxication aiguë. En reprenant ces résultats et en extrayant les données récentes de l’AP-HM, le laboratoire de la Timone a mesuré l’évolution des intoxications liées aux X-MMC/GHB entre la période 2018-2023 et la période 2023-2025 : ces intoxications sont en très forte augmentation ces deux dernières années. Les principales molécules identifiées étaient les inhibiteurs de PDE-5, la cocaïne, la MDMA et la kétamine, dans un contexte de polyconsommation élevée.

    Parmi les cas d’intoxications à ces substances que le docteur Chanteclair considère comme « signatures du chemsex », 63 % des personnes intoxiquées ne prenaient aucun ARV, 30 % prenaient la Prep et 7 % prenaient un traitement VIH. Au vu du risque infectieux induit par la pratique du chemsex, le biologiste déduit que la couverture de Prep est trop faible et souligne la nécessité de renforcer la sensibilisation auprès des professionnels-les de santé et des usagers (en grande majorité HSH). Cela pourrait être facilité avec l’arrivée des nouvelles formes de Prep à longue durée d’action. Cependant, le chercheur prévient que des recherches supplémentaires devront être menées pour étudier les risques d’interactions médicamenteuses entre ces nouvelles Prep et les drogues consommées pendant le chemsex. Bien que cela reste des hypothèses, certaines de ces drogues pourraient modifier le métabolisme de certaines Prep injectables, notamment le lénacapavir en tant qu’inhibiteur de capside (une nouvelle famille d’ARV), et ainsi augmenter la toxicité des drogues ou diminuer l’efficacité de la Prep. En ce qui concerne les ARV à longue durée d’action, nous avons décidément besoin de davantage de données issues de recherches toujours plus inclusives.

    La SFLS vous donne rendez-vous à Rennes du 25 au 27 novembre 2026 pour son prochain congrès.

    (Re)lire notre premier article.

    (Re)lire notre deuxième article