L’Actu vue par Remaides : « VIH : les chiffres et les enjeux en Europe »
- Actualité

Crédit : DR
Par Stephan Vernhes et Jean-François Laforgerie
VIH : les chiffres et les enjeux en Europe
Le 27 novembre dernier, l’ECDC a publié de nouvelles données concernant le VIH en Europe. L’Europe peine à dépister et à traiter précocement le VIH : plus de la moitié (54 %) des diagnostics en 2024 ont été posés tardivement. Dans ce contexte, la HIV Prevention Alliance (L’Alliance pour la prévention du VIH) entend s’assurer que le VIH redevienne une priorité à l'horizon 2030 de la part de l’Union européenne (UE). « Face à la hausse des taux d'infection et à l'accès inégal à la prévention, le continent se trouve à un tournant décisif qui exige une détermination politique renouvelée et une réponse de santé publique plus concertée », explique la HIV Prevention Alliance.
L’Alliance pour la prévention du VIH, une initiative multipartite
Récemment, la HIV Prevention Alliance (L’Alliance pour la prévention du VIH) a été réactivée lors d’un événement à Bruxelles (18 novembre 2025). Il s’agit d’un groupe de travail qui a pour finalité de s’assurer que le VIH redevienne une priorité à l'horizon 2030 de la part de l’Union européenne (UE). L’objectif est aussi que l’action de l’UE dans ce domaine de la santé soit raccord avec les objectifs de l'Onusida, qu’elle défend. « En Europe, les progrès dans la lutte contre le VIH sont au point mort », tacle la HIV Prevention Alliance dans un texte publié sur le site de l’European Health Management Association. Et d’expliquer : « Face à la hausse des taux d'infection et à l'accès inégal à la prévention, le continent se trouve à un tournant décisif qui exige une détermination politique renouvelée et une réponse de santé publique plus concertée. » C’est cet objectif que s’est fixée l’Alliance pour la prévention du VIH, qui est une initiative multipartite, visant à « mobiliser l’engagement politique » et à « accélérer les efforts de prévention globale du VIH et des IST en Europe ». Cette initiative entend contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable 3.3 et 5.6, à savoir mettre fin à l’épidémie de VIH/sida en 2030 et garantir l’accès universel à la santé sexuelle et reproductive d’ici à 2030. L’Alliance a été officiellement lancée en avril 2025 lors d’une réunion qui a rassemblé des représentants-es du Parlement européen et des acteurs-rices clés de la riposte au VIH dans l’UE. Cette alliance est présidée par le directeur exécutif de l’EATG (Groupe européen, de traitement du sida).
La Prep en Europe
Lors de ce lancement, une présentation de données européennes a été faite par Teymur Noori de l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies). Teymur Noori est un expert du VIH. Il est principalement chargé, au sein de l’ECDC, du suivi de la riposte au VIH en Europe et en Asie centrale, notamment en matière de prévention, de dépistage, de traitement et de lutte contre la stigmatisation. Il dirige également les travaux de l'ECDC sur la santé des migrants et les maladies infectieuses. Deux points importants faisaient partie de sa présentation.
L’un concernait la Prep. En 2024, le nombre de personnes usagères de Prep en Europe et en Asie centrale (données sur 37 pays) était de 349 000 personnes, alors que l’objectif fixé pour 2025 était d’avoir 500 000 personnes sous Prep. Autre donnée édifiante, 70 % des 349 000 personnes sous Prep résidaient dans seulement quatre pays : Royaume-Uni, France, Allemagne et Espagne.
En Europe et en Asie centrale, sur les 52 pays pour lesquels on dispose de données, 27 pays ont mis en œuvre des directives ou recommandations officielles concernant la Prep. Ces 27 pays financent la Prep orale. A contrario, 25 n'ont pas de directives, ni de recommandations officielles et ne disposent pas de financements permettant d’accéder à la Prep. Par ailleurs au niveau européen, la Prep est toujours en grande majorité accessible aux hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) : 88 % des personnes recevant la Prep dans l’UE sont des HSH. Le chiffre concernant les femmes était, lui, de 3,4 % (données sur 29 pays seulement).
Pendant les tables rondes proposées lors de cet événement, Nicolae Stefanuta, un des vice-présidents du Parlement européen et Luis Mendao, un activiste portugais de la lutte contre le sida (association GAT, membre de Coalition PLUS), ont soutenu qu'il était de l'entière responsabilité des laboratoires pharmaceutiques de rendre les prix de la Prep injectable accessibles en Europe ; ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui et ce qui constitué un frein réel à un accès large à cet outil de prévention.
Le « 95-95-95 » en Europe, atteignable en 2030 ?
Autre point : l’atteinte des objectifs de l’Onusida pour 2030. Pour 2025, sur les huit indicateurs utilisés pour suivre les progrès vers la cible « 95-95-95 » en Europe pour 2030, sept sont dans le rouge. Autrement dit, ne sont pas encore atteints. Par exemple au niveau européen, l’objectif d’avoir 95 % des personnes vivant avec le VIH diagnostiquées n’est pas atteint, il est aujourd’hui de 86 %. Même résultat pour le taux de personnes diagnostiquées ayant accès aux traitements ARV. Objectif atteint, en revanche, pour la charge virale indétectable : 95 % des personnes ayant un traitement anti-VIH ont une charge virale indétectable, ce qui brise la chaine des transmissions. Les critères concernant la baisse de la discrimination, celle de l’incidence ou celle de la mortalité ne sont pas satisfaits aujourd’hui. Bref, le résultat n’est pas bon. Du côté des experts-es, on voit d’ailleurs mal comment cette tendance désastreuse pourrait s’inverser dans les cinq prochaines années avec l'annulation des financements opérationnels et des financements de projets concernant le VIH par l'UE. Reste que dans ce contexte, pointent parfois des lueurs d’espoir. Ainsi lors de l’événement de Bruxelles, Julia Del Amo, directrice de la section VIH, hépatites et IST de la direction générale de la Santé espagnole, a expliqué comment le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez avait relancé la collaboration avec les associations communautaires en 2019, pour travailler main dans la main.
Défaillance du dépistage et un nombre croissant de cas non diagnostiqués
Le 27 novembre dernier, l’ECDC a publié de nouvelles données concernant le VIH en Europe. L’Europe peine à dépister et à traiter précocement le VIH : plus de la moitié (54 %) des diagnostics en 2024 ont été posés tardivement. De nouvelles données ont été récemment publiées par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe. Ces données alertent sur le fait que « cette grave défaillance du dépistage, conjuguée à un nombre croissant de cas non diagnostiqués, compromet sérieusement l’objectif d’ici à 2030 d’éradiquer le sida en tant que menace pour la santé publique. »
D’après le rapport annuel de surveillance du VIH/sida, 105 922 nouveaux cas de VIH ont été diagnostiqués dans la région européenne de l’OMS en 2024, dans 53 pays d’Europe et d’Asie centrale. Bien que le nombre total de cas déclarés soit en légère baisse par rapport à 2023, les données disponibles indiquent que des lacunes persistent en matière de dépistage et de diagnostic, explique l’ECDC. « La forte proportion de diagnostics tardifs signifie que de nombreuses personnes n’ont pas accès suffisamment tôt à un traitement antirétroviral vital et à des soins de santé, ce qui accroît le risque de développer le sida, le risque de décès et la transmission du VIH », commente l’agence.
Des diagnostics posés tardivement
Dans l’Union européenne et l’Espace économique européen (UE/EEE), 24 164 nouveaux cas de VIH ont été diagnostiqués, soit un taux de 5,3 pour 100 000 habitants-es. Les principaux résultats des données de 2024 montrent que 48 % des diagnostics de VIH dans l’UE/EEE ont été posés tardivement. Les rapports sexuels entre hommes restent le mode de transmission le plus fréquent dans l’UE/EEE (48 %), mais les diagnostics attribués à une transmission hétérosexuelle sont en augmentation et représentent près de 46 % des cas de VIH déclarés. « Dans l’UE/EEE, près de la moitié des diagnostics sont posés tardivement. Il est urgent d’innover en matière de stratégies de dépistage, de privilégier le dépistage communautaire et l’autotest, et de garantir un accès rapide aux soins. Nous ne pourrons éradiquer le sida que si les personnes connaissent leur statut sérologique », a commenté la Dre Pamela Rendi-Wagner, directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).
Dans la région européenne de l'OMS, 54 % des diagnostics étaient tardifs ; cette proportion était la plus élevée chez les personnes ayant contracté le virus par rapports hétérosexuels (en particulier les hommes) et chez les personnes qui s'injectent des drogues. Près d'un tiers des diagnostics de VIH en 2024 concernaient des personnes nées hors du pays où le diagnostic a été posé. Dans l'UE/EEE, ce groupe représentait plus de la moitié des nouveaux diagnostics, soulignant la nécessité de services de prévention et de dépistage adaptés, accessibles et tenant compte des spécificités culturelles.
Le Dr Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l'OMS pour l'Europe, a expliqué : « Nos données dressent un tableau contrasté. Depuis 2020, le dépistage du VIH a rebondi dans la région européenne, entraînant une augmentation du nombre de tests déclarés et, par conséquent, une hausse des diagnostics de VIH dans onze pays en 2024. Rien qu'en 2024, 105 922 personnes ont été diagnostiquées séropositives, portant le total à 2,68 millions de diagnostics depuis les années 1980. Cependant, le nombre de personnes vivant avec le VIH sans le savoir est en augmentation, une crise silencieuse qui alimente la transmission. Nous n'en faisons pas assez pour lever les barrières mortelles que sont la stigmatisation et la discrimination, qui empêchent les gens de se faire dépister. Un diagnostic précoce n'est pas un privilège, mais la clé d'une vie longue et saine, et le moyen essentiel d'enrayer la propagation du VIH. »
Plus d’infos ici.