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    L'Actu vue par Remaides : VIH : l’Onusida met en garde contre un retour en arrière historique

    • Actualité
    • 05.12.2025

    Onusida

     

     Crédit : Fonds mondial

    Par Fred Lebreton

    VIH : l'Onusida met en garde contre
    un retour en arrière historique

    Dans son rapport annuel publié à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida 2025, l’Onusida alerte sur l’effondrement du financement international et ses conséquences directes sur la prévention, les services communautaires et les droits humains. Malgré un contexte alarmant, l’agence met en avant plusieurs signaux de résilience, d’innovation et de solidarité susceptibles de remettre la riposte mondiale sur les rails. Explications.

    Un choc financier qui déstabilise la riposte mondiale
    La crise budgétaire de 2025 a frappé la lutte contre le VIH avec une violence inédite, renvoyant des décennies de progrès à une dangereuse précarité. Selon l’analyse de l’OCDE, l’aide internationale à la santé devrait chuter de 30 à 40 % par rapport à 2023. Ces coupes abruptes ont provoqué une rupture immédiate dans les pays à revenu faible et intermédiaire, déjà largement dépendants des financements extérieurs pour maintenir leurs programmes de prévention, de soins et de soutien communautaire. Dans son nouveau rapport « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida », Winnie Byanyima, la directrice exécutive de l’Onusida, pointe la brutalité du choc : « La crise du financement a mis en évidence la fragilité des progrès pour lesquels nous nous sommes tant battus. Derrière chaque donnée se trouvent des personnes : des bébés, des enfants, des jeunes femmes, des communautés soudain privées de services essentiels. » Les programmes de prévention ont été parmi les plus sévèrement touchés : la distribution de Prep s’est effondrée, la circoncision médicale volontaire masculine a reculé, et les dispositifs conçus pour les jeunes femmes ont été démantelés dans de nombreux pays. Rien qu’en 2024, on comptait déjà 570 nouvelles infections quotidiennes chez les adolescentes et jeunes femmes de 15 à 24 ans. Les organisations communautaires, colonne vertébrale de la réponse au VIH, signalent quant à elles des fermetures massives : plus de 60 % des structures dirigées par des femmes ont suspendu leurs activités. Les services destinés aux populations clés (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, travailleurs-ses du sexe, personnes trans, usagers-ères de drogues injectables) ont été réduits à peau de chagrin, compromettant un maillage vital pour la santé publique mondiale. L’Onusida prévient : l’incapacité à atteindre les cibles pour 2030 pourrait se traduire par 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires d’ici cinq ans, un scénario que l’agence qualifie de « retour en arrière historique ».

    Droits humains menacés et innovations porteuses d’espoir
    Cette crise financière intervient dans un climat mondial déjà marqué par un recul inquiétant des droits humains. Pour la première fois depuis 2008, le nombre de pays criminalisant les relations entre personnes de même sexe ou l’expression de genre a augmenté. Les lois restrictives visant les organisations de la société civile (en particulier celles accompagnant les populations clés et les jeunes femmes d’Afrique subsaharienne) restreignent encore davantage l’accès aux services liés au VIH. Mais au cœur de ce panorama sombre, plusieurs facteurs témoignent d’une capacité d’adaptation remarquable. Certains pays ont réagi rapidement pour combler les déficits, parvenant à maintenir, voire à augmenter, les nouvelles mises sous traitement antirétroviral. Le Nigeria, l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud et la Tanzanie ont tous annoncé un renforcement de leurs investissements nationaux. Parallèlement, la Fondation Gates, Unitaid, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et le Pepfar ont lancé en 2025 des partenariats majeurs pour garantir l’accès à des versions génériques de médicaments préventifs et thérapeutiques, parfois à moins de 40 dollars par an. L’innovation joue un rôle croissant, notamment avec l’arrivée d’injections semestrielles préventives capables d’éviter des dizaines de milliers d’infections dans les contextes les plus exposés. « Nous savons ce qui fonctionne : nous avons la science, les outils, les stratégies », insiste Winnie Byanyima. « Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de courage politique. » Les signaux positifs incluent aussi la Huitième Conférence de reconstitution du Fonds mondial, qui a permis de réunir 11,34 milliards de dollars en promesses de dons, ainsi que la nouvelle stratégie globale de santé des États-Unis, qui prévoit un maintien de l’appui financier dans près de 70 pays, avant un transfert progressif vers des dispositifs nationaux autonomes.

    Un appel pressant à la solidarité internationale
    L’Onusida rappelle que 40,8 millions de personnes vivent aujourd’hui avec le VIH, que 1,3 million de nouvelles infections ont été enregistrées en 2024, et que 9,2 millions de personnes attendent encore un accès au traitement. Face à ces chiffres, l’agence formule un appel énergique : réaffirmer la solidarité mondiale, maintenir les financements internationaux pour les pays qui en dépendent, investir dans l’innovation (notamment les traitements et préventions à longue durée d’action) et défendre les droits humains, en particulier ceux des communautés les plus exposées. L’organisation insiste sur la nécessité de déployer rapidement des approches préventives de nouvelle génération, comme le lénacapavir, afin d’atteindre 20 millions de personnes, tout en facilitant la production générique pour réduire les coûts à grande échelle. Elle appelle également à protéger l’autonomie corporelle, les droits sexuels et reproductifs, et à renforcer l’action communautaire, moteur historique de la lutte contre le VIH. « C’est le moment de choisir », avertit Winnie Byanyima. « Nous pouvons laisser ces chocs anéantir des décennies d’acquis durement gagnés, ou nous unir derrière la vision commune de mettre fin au sida. Des millions de vies dépendent des choix que nous faisons aujourd’hui. » Pour l’Onusida, l’enjeu est clair : après être passée si près de l’objectif de mettre fin au sida comme menace de santé publique d’ici 2030, la communauté internationale ne peut se permettre de relâcher la pression à ce moment critique. Le monde a trop avancé (et trop investi) pour accepter de voir ces progrès s’effriter. L’heure est à la mobilisation collective, sans compromis.
    Pour télécharger et lire le Rapport (en anglais) de 63 pages.

     

    VIH en 2024 : les données clés à retenir

    - 40,8 millions de personnes vivaient avec le VIH dans le monde en 2024, dont 39,4 millions d’adultes et 1,4 million d’enfants.

    - 53 % des personnes vivant avec le VIH étaient des femmes et des filles.

    -Environ 87 % des personnes vivant avec le VIH connaissaient leur statut, ce qui signifie qu’environ 5,3 millions de personnes ignoraient encore leur séropositivité.

    - 31,6 millions de personnes avaient accès à un traitement antirétroviral fin 2024, contre 7,7 millions en 2010. Cela représente 77 % de couverture mondiale : 78 % chez les adultes, 55 % chez les enfants, 83 % chez les femmes adultes et 73 % chez les hommes adultes.

    - Parmi les femmes enceintes vivant avec le VIH, 84 % avaient accès à un traitement antirétroviral pour prévenir la transmission à l’enfant.

    - 1,3 million de nouvelles infections à VIH ont été enregistrées en 2024, contre 3,4 millions en 1996.

    - Depuis 2010, les nouvelles infections ont diminué de 40 % (de 2,2 millions à 1,3 million).

    - Les nouvelles infections pédiatriques ont baissé de 62 % depuis 2010 (de 310 000 à environ 120 000).

    - 630 000 décès liés au sida ont été recensés en 2024, contre 2,1 millions en 2004.

    - La mortalité liée au sida a chuté de 70 % depuis 2004, et de 54 % depuis 2010.

    - Depuis le début de l’épidémie, 91,4 millions de personnes ont été infectées par le VIH et 44,1 millions sont décédées des suites du sida.

    Source : Fiche d'information — Dernières statistiques sur l'état de l'épidémie de sida.